Atlas cedar decline

Cedrus atlantica decline in Belezma, Algeria

LE DEPERISSEMENT DES FORETS

Actuellement familliarisé avec ce mot, nous avons mis du temps en terme à synthétiser ce que signifie réellement, pourquoi ?

Dabord, par ce quil sagit en premier lieu dun terme plus ou moins général ; en effet, un dépérissement peut être relativisé sur diverses « longueurs dondes ». Mais, le mot le plus équivalent à mon avis est « affaiblissement », car il nous donne la liberté et en même temps une restriction à l’égard de la visualisation réaliste du sens.

Un arbre faible ou affaibli est encore en vie, peu importe son état physiologique, mais la question qui se pose, pour combien de temps cet état peut durer ? Quelle est son ampleur, pourrai-t-on mesurer ou au moins estimer ? Et bien sûr, une question légitime, quelle est ou quelles sont les causes en la matière ?

Durant ces trois dernières décennies, on a constaté que des phénomènes de perte de vigueur et de die-back touchèrent de vastes étendues , notamment dans lhémisphère Nord. Les premières études permirent de porter du doigt la pollution atmosphérique comme étant le principal facteur en cause. Ceci sest nettement illustré par le fait que les fameux dépérissements des forêts bavaroises (Allemagne) et Appalachiennes (USA) ont été attribués aux dépôts acides riches en ozone, dioxydes de soufre et dazote, dus à la pollution issue de lhyper-industrialisation des pays occidentaux. Cependant, le dépérissement forestier avait été observé également dans des endroits où la pollution est quasi-absente. De ce fait, les approches explicatives commencèrent à admettre que ce phénomène est beaucoup plus compliqué, et loin d’être la résultante dun simple facteur. Parfois, on estime même que le dépérissement forestier peut représenter une image naturelle de l’évolution des écosystèmes naturels.

Le dépérissement se caractérise généralement par une détérioration progressive, et parfois rapide, de la vigueur des arbres dune ou de plusieurs taxons, il arrive parfois même que cette dégénérescence induit une mort massive des peuplements, et ce sur des superficies phénoménales, qui peuvent atteindre des millions dhectares.

Même sil date de plus dun siècle, le dépérissement des forêts, communément forest decline pour les anglo-saxons et waldsterben en germanique, attira lattention de lhomme notamment au cours des années 1980s lorsque on a signalé la destruction dune forte proportion des forêts d’épinette de Norvège (Picea abies) en Allemagne (Schulze et al., 1989), et le sapin pectiné (Abies alba) dans dautres régions de lEurope centrale, l’épinette rouge (Picea rubens) dans les états de New York, du Vermont, et du New Hampshire (USA).

Il faut rappeler que le dépérissement affecta dabord et plus particulièrement des résineux, mais aujourdhui, on constate que même les feuillus ne sont pas épargnés : chêne pédonculé (Quercus pedunculata), le chêne vert (Q. ilex), le hêtre (Fagus sylvatica) ainsi que les érables (Acer sp.) du nouveau monde.. Dautre part, les détériorations massives sont également signalées pour des arbres de plantation urbaine, et qui normalement tolèrent la pollution des villes, le cas des troènes (Legustrum) et des Eucalyptus (Eucalyptus), et plus récemment, les peupliers (Populus nigra) et les trembles (Populus tremuloides) plantés dans la ville de Batna (Capitale des Aurès, Algérie).

Atlas cedar forest decline in Thouggar , Belezma (Benssaci, 2006)

Décrire le phénomène est un travail de longue halène, car le dépérissement est dune touchée multivariée, il peut affecter une ou plusieurs espèces forestières, du même âge ou de différentes classes d’âges, de plus, il est extrêmement difficile, voir impossible, de mettre le point sur les potentialités génétiques de lessence forestière à l’égard de la susceptibilité ou de la tolérance face aux stress subi, et de ce fait, elle savère ardente une telle recherche visant à expliquer la nature, ainsi que lexpansion de ce phénomène tout en considérant les données spécifiques du site (de la forêt) à étudier.

 

 

 

Les études pionnières ont été menées pratiquement par des phytopathologistes qui se fixent sur la description des symptômes plutôt qu’à la dynamique écophysiologique des peuplements, citons à titre dexemple, les travaux de Sinclair (1964), Houston (1981), Manion (1981), Sinclair et Hudler (1988).

« Plusieurs chercheurs étudient maintenant le dépérissement des forêts selon une approche plus écologique, qui tient compte de la structure des peuplements atteints, de leur dynamique spatiale et temporelle, et de régime de perturbations naturelles qui les contrôlent.. »

                                                                                     Martin Simard, Univ. Laval

Atlas cedar forest decline in Guatiane, Northern Belezma (Gouaref, 2007)

 Le concept de dépérissement, a été établi par plusieurs chercheurs affiliés essentiellement à la pathologie forestière (Sinclair, 1966 ; Manion, 1981 ; Houston, 1981, 1985).

Daprès Dessureault (1985), le dépérissement peut sexpliquer par une interaction de plusieurs facteurs de stress dont lintensité et la nature agissent de façon indépendante, additive, synergique ou antagoniste. Ce qui induit un affaiblissement localisé ou systémique de larbre qui désormais, va sengager à remplir des fonctions de réparations de dommages en plus des tâches physiologiques de base. Cet épuisement, est beaucoup plus significatif que les facteurs de stress régnaient encore.

Pour simplifier mon idée, il est possible de parler dune « maladie non conventionnelle ! » ou bien « maladie à étiologie complexe » interprétée comme une détérioration progressive de l’état phytosanitaire à l’égard de(s) cause(s).

Les facteurs de stress (justement, quest-ce quun facteur de stress ? cest quoi un stress ?) sont rangés en deux grandes catégories : les facteurs abiotiques [stress hydrique (traduit par la sécheresse, linondation, lhydromorphie), stress salin (lenvahissement des terrains par les eaux salines suite aux inondations cycloniques côtières, tsunamis), stress chimique (pollution atmosphérique, édaphique, pluies acides) stress mécanique (vents), stress radiatif (rayonnement ionisants) stress thermique (gelées, shilling, chaleurs).. et les facteurs biotiques (insectes défoliateurs, cambiophages, xylophages, Nématodes, maladies fongiques, bactériennes, virales et viroïdales).

Selon lordre chronologique, tous ces facteurs peuvent être catégorisés en trois grandes classes :

1- Facteurs de prédisposition (ou prédisposants) agissant à long terme (ex. la sécheresse), qui peuvent rendre larbre sensible aux :

2- Facteurs dincitations (ou déclenchants) agissant au moyen et à court terme (ex. attaques dinsectes défoliateurs, scolytes primaires et secondaires, maladies vasculaires, radiculaires,..) cest à ce stade là que la majeure part des symptômes est visualisée.

3- Facteurs aggravants (ou accessoires) représentés généralement par des organismes secondaires (insectes xylophages cérambycidés et buprestidés, scolytes secondaires et tertiaires, champignons saprophytes ligninophages..) agissant en dernières phases de dépérissement, mais qui expliquent également la succession des groupes spécialistes dans l’évolution de l’écosystème forestier.

Atlas cedar forests in Chelia are moderatley affected

Il est impossible d’étudier le phénomène de dépérissement forestier dans quelques pages web, il est conseillé de consulter la bibliographie, car il y a des documents très importants (thèses, articles, publications scientifiques, livres..).

Je vous suggère de consulter :

Manion P. D. 1981, Tree disease concepts. Edition Prentice-Hall

Manion P. D. et Lachance D. 1992. Forest decline concepts. Edition APS Press

Roy G. 1998. Rôle des facteurs climatiques dans le mécanisme de dépérissement des érablières appalachiennes. Thèse Ph.D. Université de Sherbrooke (Québec, Canada)