Atlas cedar decline

Cedrus atlantica decline in Belezma, Algeria

Le Cèdre de l'Atlas (Cedrus atlantica Manetti), Espèce Symbolique de l'Algérie

 

LAABED Aissa

Conservateur Général des Forêts

Directeur du Parc National de Belezma

Email : laabed3@yahoo.fr

HELLAL Yazina 

Inspecteur-Divisionnaire des Forêts

Parc National de Belezma

Résumé

Le cèdre de l’Atlas – Cedrus atlantica Manetti – est une des espèces protégées en Algérie par décret exécutif n° 93-285 du 23 novembre 1993 fixant la liste des espèces végétales non cultivées protégées. Il est considéré comme l’essence noble de l’Afrique du Nord .Il a occupé une place beaucoup plus vaste qu’il ne le fait aujourd’hui.

Il y est endémique et ses origines remontent avant le début de notre ère, il a été identifié par le pollen dans le Hoggar (PONS et QUEZEL, 1958 in ABDESSAMED, 1981).

Cet arbre majestueux est partie intégrante de nos latitudes géographiques. Il fait partie du paysage et il est difficile de parler d’une région d’Algérie sans évoquer cet arbre séculaire qui s’est transformé au fil du temps et des siècles pour les Algériens et surtout pour les Aurassiens en symbole de leur pays.

 Mots clés: Cèdre, endémique, séculaire, symbole, montagnarde, régénération, faciès sec, fragilité, vulnérabilité, plaçeaux travaillés, crochetage, sensibiliser, intégrer…

Introduction

La sauvegarde de la nature n’est pas une préoccupation nouvelle, née avec notre époque. Elle est restée depuis longtemps une affaire de naturalistes.

Emus de la disparition de  certaines espèces animales et végétales, les naturalistes ont créés des Parcs nationaux et des réserves  pour les protéger.

Le cèdre de l’atlas –Cedrus atlantica Manetti – est une des espèces protégées en Algérie par décret exécutif n° 93-285 du 23 novembre 1993 fixant la liste des espèces végétales non cultivées protégées. Il est considéré comme l’essence noble par excellence de l’Afrique du nord. Cet arbre majestueux est partie intégrante de nos latitudes géographiques. Il fait partie du paysage et il est difficile de parler d’une région d’Algérie sans évoquer cet arbre séculaire qui s’est transformé au fil du temps et des siècles pour les Algériens et pour les Aurassiens en symbole de leur pays. 

Après son introduction en France en 1862, le cèdre a gagné une place  d’honneur et n’a cessé de progresser en extension grâce à la puissance de la régénération naturelle et pour son excellente qualité de bois d’œuvre, sa résistance à la sécheresse  et au calcaire et la faible inflammabilité de sa litière.

Cèdre de l'Atlas (Col Talmet, Belezma)

Il est devenu l’essence de base pour la reconstitution et la revalorisation des forêts improductives et dégradées de la France, alors qu’il est difficile de prédire aujourd’hui l’avenir de cette espèce en Algérie  ( dans son aire naturelle ) du fait de la dégradation et du dépérissement  causant le rétrécissement de son territoire.

C’est pourquoi il est utile de prendre toutes les dispositions réglementaires pour son entière préservation de même que des techniques nouvelles doivent être utilisées, tel que le défoncement du sol, pour maintenir cet arbre et même  étendre ses superficies.

Description de l’espèce

Le genre Cedrus, essence essentiellement montagnarde occupe trois blocs géographiquement distincts .Il est représente par (04) quatre espèces :

                        Cedrus atlantica Manetti (Maroc, Algérie)

                        Cedrus libani Barell (Liban, Syrie et turquie)

                        Cedrus brevifolia Henry (Chypre)

                        Cedrus deodora .London (Inde et Afghanistan)

Parmi ces quatre espèces, on s’intéressera au cedrus atlantica Manetti, essence éminemment forestière qui est d’une part méditerranéenne, et d’autre part spontanée en Algérie.

Le cèdre de l’Atlas est une pinacée appartenant à la sous-famille des Laricoïdeae Melchior wedermann ( Krüssmann ,1983 in SABATIER  S , 1993 )

            Nom scientifique    : Cedrus atlantica Manetti

            Nom commun         : Cèdre de l’Atlas

            Nom arabe              :  Arz

            Nom berbère           :  Bignoun , Idghel

 

Taxonomie

Embranchement : Gymnospermes

            Classe                 : Vèctrices

            Ordre                  : Coniférales

            Sous ordre          : Abiétales

            Famille               : Pinaceae

            Genre                  : Cedrus atlantica

 

D’après BOUDY, le cèdre de l’Atlas est un bel arbre qui peut atteindre 40 et même 50 à 60 m de hauteur ; son fût est droit, l’écorce grisâtre et lisse dans la jeunesse, brunit et se crevasse avec l’âge.

C’est un arbre monoïque très remarquable, à port droit pyramidal qui prend la forme tabulaire en vieillissant, ce qui lui permet d’être classé parmi les plus beaux plants d’ornement (TOHT, 1970.

Les feuilles sont des aiguilles, réunies en rosettes sur des rameaux courts.

Elles sont persistantes (2 à 3 ans), les rameaux sont de deux types (rameaux courts et rameaux longs).

 

Aire géographique du cèdre

Le cèdre de l’Atlas est  une essence plastique ce qui lui permet d’occuper plusieurs régions avec des étages bioclimatiques différents (QUEZEL, 1980). Son aire naturelle s’étend du Maroc (Rif, moyen Atlas  et grand Atlas oriental), en Algérie (Djurdjura, Monts Aurès, Hodna, et Babor, Atlas  Blidéen et massif de l’Ouarsenis)

 

1* En Algérie Le cèdre de l’Atlas couvre naturellement 33.000 hectares réparties en plusieurs massifs dont le plus important est celui des Aurès , avec une superficie d’environ 17.000 hectares (BOUDY,1952 in BENTOUATI,1999 ) .Dans la massif de Belezma , la cédraie occupe un peu plus de 5.000  hectares . 

 

1.1* l’Ensemble Septentrional qui bénéficie des conditions  climatiques les plus favorables avec 13.000 ha environ , formant des cédraies pures et comprend les massifs des Babors et Tababors prés de la côte de Bejaia et Jijel

Djurdjura qui couvre environ  2.000 ha

Atlas Blidéen (Chréa) avec 2.741 ha

 

1.2* l’Ensemble Méridional.

El Hodna où l’aire du cèdre couvre  environ 8.000 ha  alors que le peuplement lui-même ne dépasse guère  les 100 ha  dans un état lamentable.

La cédraie Aurassienne est estimée à 17.000  hectares. Cette superficie est en nette régression actuellement suite aux agressions répétées que subissent les cédraies de Chélia à cheval sur les Wilayas de Batna et Khenchela et Ouled-Yacoub à Khenchela.

 

2* Au Maroc

D’après BOUDY , 1952 , le Maroc est le pays qui détient la plus grande surface occupée par le cèdre de l’Atlas : 116.000 hectares dans le rif.

ABOUROUH ,1983 a estimé la surface de la cédraie marocaine à environ 120.000 hectares répartis comme suit :

20.000 hectares dans le nord marocain

82.000 hectares dans le moyen Atlas et dans la région de TAZA dans le nord- est marocaine.

18.000 hectares dans le grand Atlas oriental.

 

3* le Cèdre hors de son aire naturelle (cédrais artificielles)

Le Cèdre a été introduit dans plusieurs pays à travers le monde à cause de son extension rapide quand les conditions sont favorables . Parmi ces pays la France en 1862 , l’Italie en 1864, l’Espagne et la Bulgarie et actuellement dans les Etats-Unis d’Amérique et dans d’autres continents .(TOTH , 1980).

 

 

Le cèdre - espèce symbolique du pays

Le cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica Manetti) est considéré comme l’essence noble de l’Afrique du nord .Il a occupé une aire beaucoup plus vaste que ne le fait aujourd’hui. Il est endémique et ses origines remontent avant le début de notre ère, il a été identifié par le pollen dans le Hoggar ( PONS et QUEZEL , 1958 in ABDESSAMED , 1981) ; utilisé  comme poutre pour la construction et la couverture des galeries du Mausolée de  Numidie (MADRACEN) (CAMPS.G ; 1999).

Deux prélèvements effectués de ces poutres de cèdre et les analyses qui suivirent ont permis de dater avec une approximation suffisante l’âge de ces bois de cèdre et du même coup celle de leur utilisation dans la construction de MADRACEN qui sont de 403+ou-53 av J-Cet 286+ou – 42 av J-C.

Cette couverture par troncs d’arbres de cèdre (poutres) n’est pas particulière au Madracen , elle est restée d’un usage courant dans l’Aurès.

Mausolée de Madracen

Sa qualité de bois supérieure à celle des pins méditerranéens  lui a permis une utilisation très variée : Charpente, menuiserie, meubles rustiques , poteaux,  etc…..   Le bois de cèdre a  une odeur forte et agréable , et une conservation très longue .

Au fil des temps et des siècles , le cèdre de l’Atlas , arbre majestueux a gagné une place d’honneur chez les Algériens et il est difficile de parler d’une région d’Algérie sans évoquer cet arbre séculaire .

Il s’est transformé en symbole de leur  pays ; en l’utilisant dans des Fanions (exemple : fanion du Parc National de Belezma ),emblème d’équipe de foot Ball de Batna ( M.B.B) appellation de certaines auberges et hôtels comme l’auberge du Cèdre de Batna .Son bois est utilisé par les artisans (sculpteurs tel que Monsieur DEMAGH, qui sculpte sur des bois calcinés durant la période de guerre de libération).

En dehors de son aire naturelle, en forêt méditerranéenne française, l’introduction du cèdre de l’Atlas date de 1862 ; Les premières graines semées provenaient des montagnes Algériennes.Très vite l’acclimatation du cèdre de l’Atlas dans la zone bioclimatique de la « chaîne pubescente chaude » , s’est avérée une réussite . Le cèdre de l’Atlas a gagné une place d’honneur et n’a cessé de progresser en extension, grâce à la puissance de la régénération naturelle et pour son excellente qualité de bois d’œuvre, sa résistance à la sécheresse et au calcaire, son aptitude à protéger le sol et la faible inflammabilité de sa litière TOTH , 1970,1972,COURBET et  al  in SABATIER  S,1993) .

Cèdraie artificielle au Mont Ventoux (France)

Il a été utilisé comme espèce ornementale, puis comme espèce de reboisement. Il est devenu l’essence de base pour la reconstitution et la revalorisation des forêts improductives  et dégradées en France (TOTH ,1970,1980), alors qu’il est difficile de prédire aujourd’hui l’avenir de cette espèce dans son aire naturelle , du fait de  la dégradation et du dépérissement.

En Algérie, la cédraie se trouve à la limite des étages semi-aride, sub-humide. Dans ces conditions la régénération naturelle rencontre d’énormes difficultés, les années de sécheresse se succèdent souvent causant la disparition de nombreux sujets même adultes .

 

D’après ABDESSAMED,1981 en comparant   nos cédraies avec le reste des cédraies méditerranéennes ,on constate qu’elles comptent parmi les plus sèches du bassin méditerranéen .

Le facteur anthropique (pacage inorganisé, incendies répétés , défrichements au profit de spéculations agro-pastorales ,exploitation abusive, mauvaise sylviculture) sous un climat qui filtre avec l’aridité du désert (cédraie Aurasiènne ) et  des conditions édapho-écologiques pas toujours des plus favorables, le cèdre se retrouve dans une situation de  régression permanente ( MALKI,1992) .

C’est à l’homme qu’on doit la disparition du cèdre dans certaines régions où seule la toponymie atteste de son existence passée : Ras bignoun , Kef iguedelene, Theniet- begnoun (nom  vernaculaire du cèdre) (ABDESSAMED,1984).

Les facteurs de destruction ont provoqué en Algérie en 120 ans une régression de 25 à 30 % de l’armature boisée surtout en montagne (BOUDY, 1955 in ABDESSAMED 1984) . Pour QUEZEL 1959 in ABDESSAMED 1984 à la suite d’exploitations excessives,d’incendies criminels et de pacage abusif , l’étendue de ces peuplements (le cèdre) a sans doute diminué de moitié, en Algérie tout au moins , depuis le milieu du siècle dernier .

En 1946 , la forêt de cèdre du Belezma  s’étendait sur 8.100 ha, bien avant cette date c’était beaucoup plus ,actuellement la superficie est de 5.680 ha ; si on retrace l’historique de ce massif on constate que la forêt de cèdre telle qu’elle a été décrite par les premiers forestiers contenait environ 15.000 ha , ceci au vu des quantités énormes de bois tirés de ce massif .

La création du Parc National de Belezma en 1984 se justifie amplement pour protéger le milieu fragile et vulnérable et  préserver la biodiversité dans cette région à faciès sec .

La récupération des terrains marginaux et le développement de l’économie rurale  a permis de renforcer la sauvegarde des espèces protégées .

Les dégradations causées par l’homme ont nettement diminué, mais quelques dégâts sont encore constatés , par la consommation du bois de chauffage sur les chênes verts et les genévriers .

Dans le domaine de l’extension de la cédraie  le parc national de belezma en collaboration avec l’université de Batna tente de trouver des solutions à la régénération, ainsi 150 hectares sont plantés et clôturés : des résultats appréciables sont atteints malgré que la restriction provient de la sécheresse marquée durant ces dernières années. Plusieurs techniques sont utilisées (semis direct dans des plaçeaux travaillés, semis à la volée, plantation, crochetage..).

L'année 2003 selon les spécialistes est la plus chaude où la sécheresse est la plus marquée depuis 150 ans. L'effet de l'insolation et de la sécheresse a induit des répercussions très négatives sur la végétation (assèchement des cèdres, du chêne vert et même de la strate arbustive tel que le romarin, les cistes….

Les cèdres exposés au sud, ceux se trouvant sur des dalles rocheuses où le sol fait défaut ont dépéris par l'effet du  stress hydrique, la sécheresse étant le facteur déclenchant).

Les cèdres situés dans les lits d'oued où existe une humidité permanente sont les seuls rescapés accompagnés de quelques jeunes pousses de régénération de différents ages.

Affaiblis par le manque d"eau prolongé sur plusieurs années, le cèdre est devenu la proie de ravageurs et d'insectes ( facteur aggravant).

Les efforts tant déployés par les hommes de terrains se voient de nouveaux compromis, et maintenant, on doit s'atteler à dégager tous les bois morts avec délicatesse pour ne pas nuire à la régénération et mettre les moyens nécessaires pour reboiser efficacement.

 Conclusion

La création de quatre parcs nationaux centrés spécialement sur l’espèce du cèdre à travers l’Algérie du nord ( Theniet-el-had, Chréa, Djurdjura et Belezma ) dénote clairement que les pouvoirs publics ont saisis l’importance de ce bel arbre ancré dans nos mœurs et habitudes ainsi  que les menaces qui pèsent sur lui.

Il reste maintenant à chercher les méthodes et techniques ainsi que les stratégies les mieux adaptées pour maintenir ces trésors et étendre les superficies.

C’est le devoir non pas seulement du forestier engagé, ni celui du chercheur démuni, mais l’effort conjugué avec le citoyen,  l’enfant qu’il est utile de sensibiliser, et surtout du riverain qu’il faut intégrer, sinon le cèdre symbolique aujourd’hui serait dans quelques années enseigner dans des cours d’histoire aux futurs écoliers .

A.L et H.Y

 

Références bibliographiques:

1-ABDESSAMED.K,1981: Thèse.Ing.: Le cèdre de l'Atlas ( cedrus atlantica Manetti) dans le massif de l'Aurès et du Belezma : - Etude phytosociologique - Problème de conservation et d'aménagement.

 

2-ABDESSAMED.K,1984: Les problèmes de la dégradation des formations végétales dans l'Aurès ( Algérie). Première partie: Les dégradations , ses origines et ses conséquences.

            Revue : Forêt méditerranéenne ( V;I n° 1 ,1984).

 

3-ABOUROUH.M.1983: Essai de mycorhization de cedrus atlantica Manetti en pépinière. Thèse.Doc.3ème cycle.

 

4-BENTOUATI.A,1993: Première approche à l'étude de la croissance et de la productivité du cèdre de l'Atlas dans le massif du Belezma.Thèse.Mag.

 

5- BOUDY.P,1952: Guide de forestier en Afrique du Nord , édition de la maison rustique, Paris.

 

6-CAMPS.G,1999: Nouvelles observations sur l'architecture et l'age du Madracen,Mausolée royal de Numidie.

 

7-MALKI.H;1999:Contribution à l'étude de l'influence du climat et des facteurs physiques sur la régénération naturelle du cèdre de l'Atlas ( cedrus atlantica Manetti) dans les Monts du Belezma ( Algérie).

                                                                                 

8-QUEZEL .P : Biogéographie et écologie des conifères sur le pourtour méditerranéen.

 

9-TOTH.J:1970: Plus que centenaire et plein d'avenir / le cèdre en France

R.F.F XXI.

 

10- TOTHJ; 1980: Le cèdre dans quelques pays du pourtour méditerranéen et dans deux autres pays à grande importance forestière. Forêt méditerranéenne Tome II n°1.

 

11-SABATIER.;1995: Architecture du cèdre de l'Atlas , Cedrus atlantica ( Endl) Manetti ex: carrière ( pinaceae ).