Sur le plan phytosanitaire, on ne dispose que de peu d’informations à propos des cédraies de Belezma, les données concernant le phénomène de dépérissement tantôt sur le plan étiologique qu’analytique sont très peu disponible, car la question n’a pas été abordée selon une approche pluridisciplinaire.
Nous apportons dans ces modestes lignes quelques données récoltées du terrain, au cours de l’intervalle chronologique entre 2003 et 2007.
Il faut noter que, même si on estime que le dépérissement de cèdre de l’Atlas à Belezma avait été auparavant signalé au cours des années 1980s, suite notamment à la pullulation spectaculaire de la processionnaire de cèdre (Thaumetopoea bonjeani). Il est difficile de cadrer l’idée d’un véritable dépérissement, car même les travaux réalisés en la matière n’ont jamais mentionné le terme de dépérissement, scandaleux à l’époque.
De toute façon, le phénomène est là, et on n’a jamais assisté à de telle ampleur, car la mortalité atteignit les sujets d’une manière massive et planimétrique (70% à 100 %).
Il semble que les premiers signes du dépérissement apparurent remarquablement entre l’année 2001 et 2002.
En juin 2003, nous avons réalisé les premières images témoignant ce phénomène dans le Dj. Boumerzoug. A cette période, les sujets manifestent des signes de flétrissement qui commence par la cime. Les aiguilles exhibent un jaunissement.
Actuellement, pratiquement toute la cédraie de Boumerzoug a disparu, quelques sujets seulement demeurent sur la facette Nord-Ouest à basse altitude.
Au cours des années qui suivent, le dépérissement du cèdre de l’Atlas gagna d’avantage de terrain : Dj Thouggar, Dj. Chlalaa, Col Talmat, Dj. Bordjoum et Dj. Tichaou.

Le dépérissement de la cédraie est d'une ampleur phénomènale à Boumerzoug // Declined trees are heavely recorded in Boumerzoug (100% for incidence) (Benssaci, 2006)
Symptomatologie
1- Age : pratiquement toutes les classes d’âge sont affectées. Au début, on a cru que seulement les sujets âgés qui sont atteints, mais il parait qu’aucune catégorie n’est exceptée.
2- Situation altitudinale des sujets : on constate que les cèdres sont atteints indépendamment de leur positionnement dans les stations, seulement, il faut dire que les arbres situés au sommet sont relativement peu ou pas touchés (exe. Col Talmat et Dj. Bordjoum).

Dépérissement des cèdres à Dj Bordjoum // Atlas cedar decline in Bordjoum Mnt., Belezma (Benssaci, 2006)
3- Spécificité : le dépérissement affecta principalement le cèdre de l’Atlas, les autres Conifères (Cupressaceae, Pinaceae) sont épargnées. Mais à l’échelle de l’espèce elle-même, nous avons remarqué que la sous-espèce Cedrus atlantica glauca (Cèdre bleu, Blue Atlas cedar) et son variant pondulata (Cèdre pendulé, pendulous Atlas cedar) sont également épargnées, au moins pour la plupart des individus. En effet, ces taxons partagent une caractéristique marquante, la glaucescence ou l’aspect dit blême, olivâtre, avec des aiguilles plus cireux et luisantes, de couleur bleue caractéristique. Elles sont réputées pour leur rusticité, elles sont actuellement plantées dans diverses régions de la péninsule Ibérique et les zones continentales des Etats-Unis d’ Amérique.

Aiguilles bleus caractéristiques du variant "Glauca" // Blue Atlas cedar "Glauca" needles
Manifestations générales sur l'arbre atteint
- Cime à courbe en crosse
- die back ou die-back: dessèchement de la cime, qui gagne ensuite les parties inférieure et de façon uni ou bilatérale.
- Jaunissement et roussissement de la phyllosphère
- Phyllosphère clairsemée
- Perte plus ou moins rapide des aiguilles, parfois, ces dernières demeurent attachées sur les rameaux même après la mort de l’arbre.
- Flétrissent vasculaire : des coupes longitudinales et transversales dans les rameaux indiquent des nécroses particulièrement localisées dans la zone correspondante au phloème, et qui s’étalent parfois vers le centre, on ignore de quel type de flétrissement s’agit-il : est-il dû à des champignons vasculaires (Verticillium, Fusarium, Ophiostoma…. ) ?
- Pratiquement tout les sujets atteints, notamment ceux ayant un diamètre de tige de l’ordre de 10 cm est plus, sont colonisés ou au moins, visités par les scolytes. L’échantillonnage nous a permis d’identifier deux taxons : Crypturgus (d’origine Eurasiatique) et Hylurgops.


Hylurgops sp. (Benssaci, 2007)

Crypturgus sp. (Benssaci, 2007)
Les sujets morts marquent la présence de larves de Cérambycidés et de Buprestidés (larves et adultes).



Buprestidae fréquemment rencontrés sur le cèdre de l'Atlas en Afrique du Nord: de gauche à droite: Aurigena unicolor, Aurigena unicolor leprieuri et Anthaxia dimidiata
http://utenti.romascuola.net/bups/drmlands/julmagr.htm
- Sur bois mort toujours, on note la présence des fructifications de Coriolus versicolor et des fans mycéliens d’Armillaria sp. ces deux Basidiomycota sont marqués essentiellement par le fait qu’ils ne sont actifs que lorsque l’arbre soit affaibli ; d’autre part, ils sont réputés par leur capacité exclusive de dégrader la lignine par Ortho-fission. Responsables ainsi de la pourriture blanche des bois (white-rot fungi) moyennant des lignine peroxydases, manganese peroxydases, des enzymes générateurs d'H2O2, et des laccases.
Basidiocarpes de Coriolus versicolor sur le tronc d'un cèdre récemment mort, Thouggar, Belezma (Benssaci, 2006)
Fans Mycéliens blanchatres, produits par Armillaria, sur la partie sous-corticale du collet d'un tronc de cèdrede l'Atlas, récemment mort (Benssaci, 2006)

Réseau mycélien blanc en amas d'Armillaria sp. sur bois mort de Cedrus atlantica, nous remarquons que l'extension des mycéliums gagne notamment le centre du tronc, concentré en lignine (white-rot ou pourriture blanche), contrairement aux champignons ophiostomatoides, concentrés surtout dans la zone phloémienne (Benssaci, 2007)

Les champignons ophiostomatoides (Blue-stain Fungi) se concentrent surtout dans la zone phloémienne (Benssaci, 2007)